ACROPHOBIE : EN FINIR AVEC LA PEUR DE L’ALTITUDE

L’acrophobie est une peur irraisonnée de la hauteur. Parmi les différents traitements possibles, la psychothé­rapie comportementale et cognitive a fait ses preuves. Elle consiste à confronter progressivement le patient à ses peurs pour qu’il apprenne à les dominer. Mais dans certains cas, la mise en pratique est difficile. « Lorsqu’une personne est tétanisée à la seule idée de se retrouver sur un balcon, il n’est pas évident de la convaincre de grimper où que ce soit », observe Daniel Mestre, psy­chologue et responsable du Centre de Réalité Virtuelle de la Méditerranée (CRVM). Sans parler des difficultés plus… terre à terre : « Il n’est pas toujours possible de placer un patient au sommet d’un immeuble à chaque séance de psychothérapie ! »

Une tour Eiffel numérique

La réalité virtuelle peut alors apporter une aide précieuse. « Au lieu de faire monter un acrophobe en haut de la tour Eiffel, on le fait monter en haut d’une tour Eiffel numérique », résume D. Mestre. Equipé de lunettes 3D, le patient entre dans une salle immersive dans laquelle est projeté sur les murs et au sol un univers en relief. Il se retrouve par exemple sur le toit d’un building new-yorkais, prié d’avancer sur un plongeoir suspendu dans le vide…

Moins anxiogène et moins risqué

« L’impression de hauteur est bien réelle, assure le responsable du CRVM. Mais en même temps, le patient sait qu’il se trouve dans un environnement protégé. C’est moins anxiogène et moins risqué que de le placer au bord d’un vrai précipice ! »

Au fil des séances, le sujet s’habitue et avance plus aisément sur la planche. « On peut alors intensifier la situation de stress, par exemple en diminuant la largeur du plongeoir. L’avantage, c’est que nous pouvons créer et adapter tous les environne­ments au rythme de la progression du patient. » Selon D. Mestre, il suffirait d’une séance par semaine pendant deux mois, associée à des sessions de relaxation, pour obtenir des résultats significatifs.

D’après Cédric Portal

*Centre National de la Recherche Scientifique

« Mon souvenir le plus traumatisant, c’était au lycée. Nous devions marcher sur une poutre à un mètre du sol. J’en étais incapable. J’entends encore les autres élèves me traiter de froussard… ». Robert Galliano soupire profondément. « J’étais mort de honte. Je savais qu’il n’y avait aucun risque. Simplement, mes jambes ne me portaient pas, j’étais paniqué. »

Pendant plus de dix ans, le jeune homme vit un calvaire. « Il suffisait d’un passage étroit en montagne pour que je sois obligé de rebrousser chemin. Même aller au cirque était compliqué : il fallait que je sorte dès qu’on annonçait les trapézistes. Les autres pensaient que j ’étaiis cinglé ! »

Le déclic est venu en lisant un article sur l’agoraphobie (peur des lieux publics d’où il est difficile de s’échapper et d’être secouru). « Je me suis demandé s’il n’existait pas aussi une phobie de la hauteur. Un psychiatre me l’a confirmé en mettant enfin un nom sur mon mal-être : l’acrophobie. »

Après quinze ans de psychothérapie, Robert est désormais capable de « monter à l’échelle pour repeindre un volet sans appeler le Samu. » Parviendra-t-il un jour à se débarrasser totalement de ses appréhensions ? « Je n’en sais rien, lâche-t-il en souriant, mais j’arrive à vivre normalement la plupart des situations du quotidien, et c’est déjà énorme. »

 

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