Zoom sur l’open space : trop de bruit au quotidien

A cause du bruit, sept salariés sur dix éprouveraient des maux de tête et un actif sur cinq en poste perdrait plus de trente minutes de productivité par jour.

Entre les collègues qui discutent et les téléphones qui sonnent, la vie en open space n’est pas de tout repos. Ces nuisances sonores, souvent négligées, sont source de fatigue et influent sur la productivité.

Un Français sur cinq travaille dans un espace collectif ouvert d’au moins quatre personnes, c’est-à-dire en open space, selon le baromètre Actineo-CSA 2015 consacré à la qualité de vie au bureau. Si cette organisation de l’espace de travail offre un gain de place à l’employeur et favorise la communication entre employés, elle occasionne en revanche certains désagréments, et notamment du bruit. Près de six actifs sur dix se disent perturbés dans leur travail par des nuisances sonores dues à leurs collègues. « Le bruit est le facteur de gêne le plus souvent nommé dans nos enquêtes, confirme Patrick Chevret, chercheur de l’Institut national de la recherche et de la sécurité (INRS). Ce sont principalement les conversations intelligibles qui dérangent, plus que le brouhaha. Elles déconcentrent et interfèrent avec la tâche à réaliser. »

Fatigue, stress et baisse de la performance

Le nombre de décibels n’est pas le seul facteur, mais les bruits incessants (conversations, sonneries de téléphone…) ne sont pas sans effet sur la santé. « Ils provoquent une fatigue auditive qui s’accumule au fil du temps, explique le chercheur. Lors de nos enquêtes, les salariés décrivent également un sentiment de stress. » Or, en réduisant la capacité de concentration et en favorisant l’épuisement, le bruit joue sur la performance individuelle. D’après l’enquête publiée par l’association Journée nationale de l’audition (JNA) de 2017, un actif sur cinq en poste perd plus de trente minutes de travail à cause de la gêne engendrée par le bruit, dont 29 % des moins de 35 ans et 32 % des cadres et professions intellectuelles supérieures. Cette situation génère un coût social élevé. « Il est possible d’estimer que six millions d’actifs en poste perdent individuellement au moins cent vingt heures par année de travail, indique l’association. L’Insee estimait en 2008 le coût horaire moyen à 32 euros. Ainsi, 3 840 euros par actif en poste de travail seraient perdus pour l’entreprise par année », ce qui représenterait une perte de productivité d’environ 23 milliards d’euros par an. Même si tous ces actifs ne travaillent pas en open space, le chiffre avancé a de quoi impressionner.

Concevoir des locaux moins bruyants

Heureusement, pour diminuer les nuisances sonores, des solutions existent. Une norme sur l’acoustique, datant de 2016, identifie quatre types d’espaces ouverts de travail et fournit des recommandations pour chacun d’entre eux. Plus généralement, « réfléchir en amont à la conception du local et à son aménagement est capital », affirme Patrick Chevret. Il faut bien répartir les salariés sur le plateau et regrouper les personnes qui effectuent le même type de tâche. Les équipements bruyants, comme les imprimantes, doivent être isolés dans un local à part. Il existe aussi des possibilités techniques qui permettent d’améliorer l’acoustique, par exemple des systèmes d’absorption au plafond, la mise en place de cloisonnettes ou encore la pose de moquette au sol pour réduire les bruits d’impact. Les zones de passage doivent faire l’objet d’une attention particulière, afin que la circulation ne se fasse pas dans le dos ou trop à proximité d’un salarié qui doit réaliser une tâche demandant de la concentration. Enfin, une analyse de chaque activité permet d’aménager de manière optimale chaque poste de travail ». L’association JNA rappelle quant à elle les bons gestes pour préserver sa santé auditive au bureau ou en open space : « Je fais attention au niveau de ma voix, je me rapproche des collègues pour éviter de parler fort ; je porte des protections contre le bruit (bouchons en mousse) pour optimiser ma concentration ; je fais une pause auditive pendant les temps de pause et de déjeuner loin de toute source de bruit. » Si adopter des règles de bonne conduite relève du bon sens, pour Patrick Chevret, « le plus efficace reste de bien concevoir l’espace de travail ».

Source :  France Mutualité N° : 575

 

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