Une violence parfois insidieuse

Pour bien comprendre le harcèlement scolaire, il est important de le différencier d’un simple conflit entre élèves. On parle de harcèlement lorsque les violences sont faites de façon répétée, et ce, dans la durée. Un rapport de domination s’installe alors entre le(s) harceleurs(s) et la victime. L’agresseur prétexte qu’il s’agit d’un jeu, que « c’est pour rire », mais l’intention de nuire est bien réelle.

La violence naît généralement d’une différence, parfois très minime, relative à l’apparence physique, l’identité de genre (« tu n’es qu’un garçon manqué »), l’orientation sexuelle supposée, un handicap, un trouble de la communication (bégaiement), l’appartenance à un groupe social ou culturel, des centres d’intérêt différents (le premier de la classe qui adore la lecture). Elle peut être verbale (injures régulières), physique (coups de pieds, gestes déplacés) ou émotionnelle (moqueries, chantage, humiliation, propos et pratiques discriminatoires et d’exclusion).  Cette dernière forme de harcèlement, plus psychologique, est discrète et donc difficile à identifier. Il s’agit pourtant de la plus fréquente, notamment sur internet.

Des conséquences sur le développement de l’enfant

Le harcèlement scolaire peut avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique et social de l’enfant et de l’adolescent : décrochage scolaire voire déscolarisation et désocialisation… L’enfant devient anxieux, il perd confiance en lui. Dans les cas les plus graves, il conduit à une dépression et des conduites autodestructrices, voire suicidaires. S’ils ne sont pas pris en compte, ces effets peuvent se prolonger à l’âge adulte. C’est pourquoi il est important de réagir dès les premiers signes et de prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à la situation Pour venir en aide aux parents et aux élèves, des numéros dédiés existent.

  • N° VERT « NON AU HARCÈLEMENT» : 3020

Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h (sauf les jours fériés) – www.nonauharcelement.education.gouv.fr

Si le harcèlement a lieu sur internet :

  • N° VERT « NET ÉCOUTE » géré par l’association E-Enfance : 0800 200 000 (service et appel gratuits)

Anonyme, confidentiel et ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h.

Net Ecoute peut vous aider au retrait d’images ou de propos blessants, voire de comptes le cas échéant – www.netecoute.fr

 

« Réagir, dialoguer et donner les possibilités de se défendre »

Entretien avec Marie Rose Moro, professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université Paris Descartes et directrice de la Maison de Solenn, la maison des adolescents de l’hôpital Cochin à Paris.

 

Comment repérer si mon enfant est victime de harcèlement scolaire ?

Selon l’âge et le caractère de l’enfant, les signes du harcèlement scolaire ne sont pas les mêmes. Trois éléments peuvent cependant alerter les parents :

  • Lorsque l’enfant exprime clairement son mal-être. Cette situation est rare car les victimes de harcèlement tardent généralement à le verbaliser, se sentant coupables de ce qu’il leur arrive.
  • Des changements de comportements, notamment vis-à-vis de l’école. Si l’enfant a des difficultés à se rendre en classe par exemple. Cela peut aller jusqu’au développement d’une phobie scolaire et des troubles physiques qui y sont associés (maux de tête et de ventre avant le départ pour l’école).
  • Des changements inexpliqués et brutaux de caractère et de sociabilité. Sans que l’enfant n’explique pourquoi, il devient maussade alors qu’il est plutôt de nature joyeuse ou se renferme et devient moins sociable alors qu’il est habituellement extraverti.

Que faire si mon enfant est harcelé ?

Dès les premiers signes, il faut réagir. Le dialogue est important pour comprendre ce qu’il se passe et mettre les mots sur la situation. Il ne faut pas hésiter à dire à l’enfant qu’il est victime de harcèlement, et surtout, que ce n’est pas de sa faute. On l’aide ainsi à se sentir moins coupable de ce qui lui arrive.

Les parents ne peuvent résoudre seuls la situation. Il faut par exemple éviter de prendre à parti l’enfant désigné comme harceleur et préférer en référer au directeur, au conseiller d’éducation et au corps enseignant de l’établissement. Ces derniers sont généralement sensibles à ce type de violence. Ils dialogueront avec les protagonistes pour essayer de comprendre le processus de harcèlement qui s’est installé et prendre les mesures nécessaires pour qu’il cesse. Souvent, la situation s’améliore en demandant au harceleur de reconnaître ses actes, en lui demandant de s’excuser, et surtout, en suivant l’évolution de la situation (« Dans une semaine, on se revoit pour faire le point »). Si cela ne suffit pas, une commission pourra se réunir et recourir à des sanctions plus lourdes (renvoi de l’établissement par exemple) mais dans la majorité des cas, l’intervention de l’encadrement scolaire suffit.

Comment la maison de Solenn accompagne les enfants victimes de harcèlement à l’école ?

La maison de Solenn soigne tous les enfants, dont ceux victimes de harcèlement scolaire (5 à 8% des enfants suivis). Nous commençons par nous assurer, avec les parents, que tout a été fait au sein de l’école pour mettre un terme à la situation. Si ce n’est pas le cas, nous prenons contact avec l’établissement en question. Malheureusement, même si les mesures nécessaires sont prises et que le harcèlement a pris fin, la blessure peut demeurer chez la victime. De même, le harcèlement a pu prendre racine sur une faille qui existait déjà chez l’enfant. C’est là que nous intervenons. Nous évaluons où en est l’enfant, pour identifier clairement ses besoins. Il existe une telle constellation de situations qu’il est impossible de généraliser les prises en charge. Le travail que nous menons, d’ordre psychosocial, peut être individuel ou collectif (avec des groupes de paroles). Notre objectif est de donner aux enfants les possibilités de se défendre pour éviter qu’ils ne souffrent doublement, c’est-à-dire du harcèlement et de leur position de « victime ». Pour cela, nous pouvons par exemple travailler avec eux sur leurs compétences corporelles et verbales afin qu’ils s’affirment et reprennent confiance en eux. Ce travail permet de lever la crainte d’une récidive en leur donnant les clés pour se défendre et savoir dire stop.

Pour contacter la maison de Solenn : www.mda.aphp.fr

Cyberharcèlement : quand le harcèlement scolaire se poursuit à la maison

L’utilisation permanente des téléphones portables et des réseaux sociaux a fait naître un nouveau type de harcèlement. Le cyberharcèlement, comme on l’appelle, s’appuie sur la diffusion massive et anonyme de messages grâce aux outils numériques. Il se pratique via les téléphones portables, messageries instantanées, forums, chats, jeux en ligne, courriers électroniques, réseaux sociaux, site de partage de photographies, etc. « Le harcèlement scolaire a toujours existé. Depuis plusieurs années, l’usage croissant des moyens de communication électroniques amplifie le phénomène en le rendant rapide et soudain » explique le professeur Marie Rose Moro, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université Paris Descartes et directrice de la maison des adolescents de l’hôpital Cochin à Paris.

Souvent couplé avec un harcèlement classique au sein du milieu scolaire, le cyberharcèlement ne laisse aucun répit à l’enfant qui le subit. « Le harcèlement dépasse les murs de l’école pour entrer au sein du foyer, qui était jusqu’alors le seul refuge de l’élève qui en est victime. Une sorte de toile se tisse autour de lui avec une empreinte très forte (les violences infligées sur Internet perdurent dans le temps) et le sentiment de ne rien pouvoir faire, que la situation est établie et qu’il est trop tard pour réagir ou en parler à quelqu’un » ajoute le professeur Moro. Exposée 24 h/24 et 7 j/7, la victime connaît un état d’insécurité permanent, se sentant encore plus isolée et fragilisée.

Les parents et le corps enseignants sont les premiers à devoir sensibiliser les enfants sur les risques d’utilisation des outils numériques. Car mêmes s’ils sont habiles sur ces supports, les enfants en méconnaissent souvent les règles de fonctionnement et les risques encourus.

D’après Justine Quénu