Parfois synonyme de stress, de contraintes ou d’opportunités et d’épanouissement, la perception du travail a évolué au fil du temps. Que l’on soit salarié ou cadre dirigeant, le regard que l’on pose sur l’activité professionnelle est parfois ambivalent.

Selon le baromètre de l’organisme de formation professionnelle Cegos portant sur des entreprises de plus de 100 salariés, 62% des salariés et 75% des managers perçoivent le travail comme « une source d’épanouissement personnel ». Les scores sont particulièrement élevés chez les salariés de moins de 30 ans, chez les cadres et chez les managers ayant un poste de direction. Pour autant, le stress au travail persiste pour 53% des collaborateurs. En cause : l’organisation et la charge de travail, la pression des managers, le manque de soutien… Résultat, 61% estiment que leurs conditions de travail ont un impact négatif sur leur santé.

Quand les salariés se dopent pour tenir au travail

Pour faire face aux nouvelles organisations du travail, axées sur l’optimisation productive et l’individualisation des performances, les Français sont de plus en plus nombreux à recourir aux substances psychoactives. « La sphère professionnelle peut jouer un rôle déterminant dans le processus pouvant mener à une addiction », explique la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). En effet, nombreux sont ceux qui boivent un verre en rentrant du bureau pour se détendre, fument une cigarette après une réunion difficile, voire prennent un anxiolytique avant une présentation stressante.

La consommation de produits psychoactifs destinée à gérer la cadence de travail, à supporter la pression hiérarchique ou à améliorer ses performances augmente même régulièrement depuis quelques années. D’après la Mildeca, plus de 20 millions d’actif sont aujourd’hui concernés. « Pour certains produits tels que le tabac et les médicaments, les taux sont supérieurs à la prévalence observée en population générale », précise-t-elle.

Même constat pour l’alcool et le cannabis. Tous les milieux professionnels sont touchés, en particulier ceux des arts et du spectacle, de l’hébergement/restauration, de l’agriculture, du transport, de la construction et de la relation avec le public.

Les leviers du bien-être au travail

Si la relation des salariés au travail s’est aujourd’hui complexifiée, c’est aussi parce que leurs exigences et leurs sources d’épanouissement ont changé. S’agissant de la motivation au travail, la rémunération n’en est plus le premier levier. « L’intérêt et la variété du poste » est devenu le principal moteur des managers. Les salariés placent eux en tête « la qualité des échanges et contacts » avec leurs collègues.

Conscients de ces nouveaux enjeux, des initiatives en faveur de la Qualité de vie au travail sont enclenchées depuis plusieurs années : 63% des Directions des ressources humaines ont par exemple lancé des actions de prévention des risques psycho-sociaux. De même, les managers semblent aujourd’hui mieux formés et plus attentifs au bien-être au travail.

Quand le chef d’entreprise est en surmenage

Entretien avec Laure Chanselme, psychologue du travail chargée de la plateforme d’écoute à distance Amarok pour les dirigeants en détresse.

En quoi le statut de chef d’entreprise est-il si particulier ?

Etymologiquement, le patron est celui qui est investi patrimonialement dans sa société, il est donc intimement lié à sa structure. Même en situation d’épuisement professionnel, il est très difficile, voire quasiment impossible pour lui de s’arrêter de travailler. Dans une TPE ou une PME, il va en effet cumuler plusieurs tâches clés (les ressources humaines, la communication, le suivi commercial, la gestion…) et bien souvent l’entreprise ne peut pas fonctionner en son absence…

Ces préoccupations sont acceptées, supportées, tant que la société se porte bien. En revanche, en cas de coup dur, le chef d’entreprise va se mettre à travailler plus, à dormir moins, à ne plus prendre de temps pour sa famille ni pour ses amis, et encore moins pour lui. Les conséquences peuvent être lourdes.

Comment prévenir ce risque ?

Tout d’abord, il est important d’apprendre à déléguer un maximum de tâches, et d’essayer d’avoir un bras droit qui pourra reprendre l’activité en cas d’absence du patron, et le seconder au quotidien. De pouvoir prévenir les conséquences d’un problème de santé en souscrivant notamment à des assurances santé, mais aussi d’envisager un dépôt de bilan et de s’y préparer en prenant conseil auprès du tribunal de commerce pour voir s’il peut y avoir des procédures de sauvegarde ou de redressement.

En cas de surcharge, il est recommandé de consulter des professionnels de santé (psychologues ou psychothérapeutes spécialisés) et de changer l’organisation de l’entreprise pour se prémunir d’une récidive.

L’État a aussi un rôle à jouer en considérant mieux les particularités des TPE et des PME. Il y a en effet une réelle méconnaissance des spécificités de ces structures et les patrons de TPE et PME pâtissent de lois et de mesures non-adaptées. Ils ont par exemple un délai de carence plus long que celui des salariés pour le versement de leurs indemnités journalières et les visites médicales avec un médecin du travail ne sont ni automatiques, ni gratuites… Ils n’ont pas droit non plus aux indemnités de retour à l’emploi s’ils perdent leur entreprise.

Propos recueillis par Capucine Bordet

 

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